Nomination d’un conseiller spécial en matière de sécurité : LE RWANDA GRILLE GILBERT KANKONDE

Notre confrère Christophe Rigaud a tenu en haleine, comme il sait si bien le faire, l’opinion publique congolaise qui n’a eu d’yeux en début de semaine que pour son tweet énigmatique dont nous tâchons dans cette colonne de démêler l’intentionnalité. « Gilbert Kankonde sur les rangs pour devenir le prochain Conseiller spécial en matière de sécurité de Félix Tshisekedi », a-t-il posté sur son compte tweeter très prisé par les polémistes congolais. Auteur du blog d’actualité sur la situation politique en République Démocratique du Congo dénommé ‘’Afrikarabia’’, Christophe Rigaud est l’une des sources les plus écoutées à l’international sur la République Démocratique du Congo dont il passe au peigne fin les mutations depuis la création de son blog en 2007. Présenté comme un proche de l’opposant congolais Moïse Katumbi, le français a également planté de solides pénates à Kigali où il conserve de liens privilégiés quelques fois chahutés avec l’entourage du président rwandais Paul Kagame. Maître des horloges dans la région des Grands lacs, voire au-delà en Mozambique ou en République centrafricaine à travers ses tentacules militaires, l’homme fort de Kigali, tatillon, ne néglige aucun détail sur l’évolution de la situation sécuritaire en République Démocratique du Congo, pays dont il a été établi gendarme pour le compte de certains milieux suprématistes anglo-saxons depuis plus d’un quart de siècle.


C’est donc de bonne guerre pour le Rwanda, qui tire l’essentiel de son rayonnement de l’instabilisation de son géant voisin, de vouloir influencer jusqu’aux choix régaliens des animateurs des institutions et même des technostructures de défense et de sécurité. Mardi 19 avril passé, en publiant ce tweet sur la nomination prochaine de Gilbert Kankonde en qualité de ‘’Monsieur Sécurité’’ de Félix Tshisekedi, Christophe Rigaud était en réalité missionné pour essayer d’interférer dans le dévolu à jeter par le Chef de l’Etat rd congolais sur cet acteur majeur du dispositif sécuritaire de son pays, tout en espérant que le choix de Félix Tshisekedi se porte plutôt sur un personnage rwando-compatible. Depuis que François Beya qui avait le commerce facile avec Kigali a été mis à l’écart, le Rwanda ne jure que par l’ascension de ses pions, dans un contexte de rivalité croissante avec l’Ouganda qui aurait bénéficié, selon Kigali, d’un traitement de faveur pour la traque des forces négatives dans les provinces limitrophes du Nord-Kivu et de l’Ituri, au grand dam de l’expansionnisme rwandais débridé.


LA CABALE DERRIERE LE BALON D’ESSAI


A en croire les sources les mieux introduites au pays de mille collines, Kigali essaie tour à tour de griller les potentiels candidats à la succession de François Beya qui ne seraient pas à son goût. Informé d’une importante réunion qui se serait tenue le weekend dernier entre le président Tshisekedi et son cercle familial le plus immédiat autour de la très vénérée ‘’Maman Marthe’’, veuve du défunt Etienne Tshisekedi ; conciliabule dont rien n’aurait du reste filtré, Kigali aurait donc misé sur la circulation de la rumeur sur la désignation de Gilbert Kankonde, beau-frère de la mère biologique du président congolais, comme futur conseiller spécial en matière de sécurité. Les barbouzeries d’inspiration rwandaise n’étant pas à prendre au premier degré, l’idée derrière serait de faire monter vers Félix Tshisekedi les récriminations sur Gilbert Kankonde que des insuffisances notoires sur le plan aussi bien physique que professionnel empêchent objectivement de briguer un poste aussi exigent que celui de conseiller spécial en matière de sécurité.


Réputé pantouflard, avachi et pataud, Gilbert Kankonde avait certes du mal à condenser les rapports journaliers sur l’état du territoire émanant de ses services lorsqu’il dirigeait le ministère de l’intérieur. Souvent enclin à la somnolence en raison de contraintes corporelles, il lui arrivait de ne pas rétroagir en urgence lorsque le besoin se faisait sentir. Félix Tshisekedi lui-même devait souvent s’agacer sans offenser le mari de sa tante maternelle lorsque Gilbert Kankonde, alors Ministre de l’Intérieur, faisait preuve d’une ignorance crasse de certaines informations de première main. Ne pouvant pas le limoger, il a dû l’exposer à une antipathie de l’ancien numéro un du parti présidentiel, Jean-Marc Kabund, pour justifier le choix de Daniel Aselo à la première occasion lui offerte par le changement de premier ministre. Ancien appariteur à l’université de Lubumbashi, Gilbert Kankonde n’avait presque plus fréquenté assidument un milieu professionnel depuis son exil bruxellois où il vivait des aides sociales. Ayant renoncé de justesse à la nationalité belge en août 2018, il a été catapulté à la tête du ministère congolais de l’intérieur trente ans après son dernier emploi. Il était donc normal que le septuagénaire puisse perdre certains réflexes malgré d’incontestables bonnes prédispositions.


Voilà pour le tendon d’Achille de l’ancien ministre UDPS de l’intérieur que la rumeur répandue par Christophe Rigaud tenait à ramener à la surface dans le but de relever que le poste de conseiller spécial en matière de sécurité exige plus de concentration et davantage d’aptitudes aussi bien professionnelles que physiques dont ne disposerait pas à l’évidence Gilbert Kankonde. Il va de soi qu’il faut avoir un esprit éclectique, toujours en alerte maximal, pour être à la hauteur d’une fonction aussi transversale que celle d’espion national en chef. Après avoir jeté en pâture dans les médias Jean-Claude Bukasa qui assure l’intérim de François Beya, le Rwanda réussira-t-il, comme escompté, à faire le vide autour du Président Tshisekedi en ne laissant en odeur de sainteté que ses affidés ? Mieux, le Président Tshisekedi tombera-t-il dans le panneau des entourloupes du grand marionnettiste tapis à Kigali ? That’s the question !


Yénoukunme Houssou, journaliste de Frissons Radio à Cotonou/Bénin
Correspondance particulière

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